Montel-de-Gelat : église Saint-Mamert

Montel-de-Gelat, église, vue générale
Montel-de-Gelat, église, plan B. Craplet

Les chantiers sont peu nombreux au XIVe siècle (arrêt de la construction de la cathédrale de Clermont vers 1450, qui resta inachevée jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle), en raison de la Grande Peste et de la Guerre de Cent Ans.

Alors, comment expliquer cette exception ?

La construction de l’église est liée au seigneur du lieu, Guillaume Aubert, frère du pape d’Avignon (1352-1362), Innocent VI, ancien évêque de Clermont (1340-1342) dont il obtint la transformation d’une modeste chapelle romane en annexe de la paroisse  de Dontreix (aujourd’hui dans la Creuse). Guillaume achète la seigneurie du Montel en 1451.

Montel-de-Gelat, église, nef

A l’origine, l’église était à nef unique et chevet plat , typiques de l’art gothique méridional. Au XVe siècle, elle est dotée de deux chapelles seigneuriales privées  qui créent un faux transept. Ensuite, elle est agrandie d’un chevet à trois pans, en granite légèrement plus clair, en 1865. Enfin le clocher porche est reconstruit au XXe siècle.

L’intérieur est rythmé de quatre travées à croisées d’ogives qui retombent sur des supports engagés polygonaux fasciculés bien adaptés. Les ouvertures de la chapelle nord ont été refaites. La chapelle sud est éclairée par deux fenêtres, l’une à arc brisé et l’autre à deux baies sous un quadrilobe. Le renfoncement du mur, une ancienne cheminée, a été aménagé pour recevoir la Mise au Tombeau.

Montel-de-Gelat, église, chevet
Montel-de-Gelat, église, portail occidental

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L’édifice dispose d’un portail occidental monumental (sous le porche), à tympan évidé tréflé, comme à Briffons, agrémenté de deux têtes : celle de la Vierge, couverte d’un court voile et couronnée, face à un ange dont la tête est couverte d’un léger filet. La particularité de ce portail est qu’il associe la pierre de Volvic, ici au grain très fin, au granite, au niveau des chapiteaux en frise et des colonnettes des piédroits. Ces deux matériaux cohabitent également à l’église Saint-Laurent de Rougnat (Creuse) et à Condat-en-Combraille et, avec du calcaire, au portail de La Chaise-Dieu. La frise montre des végétaux naturalistes ou stéréotypés, à gauche, et des visages assez bouffis, à la chevelure « dorelotée», à droite. Un lièvre habite une corbeille à droite et un visage hybride, un masque humain est couvert de feuilles, à gauche. De tels portails étaient l’œuvre d’équipes itinérantes spécialisées depuis l’époque romane jusqu’à la fin du XVe siècle.

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Montel-de-Gelat, église, bas-relief Vierge

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Deux bas-reliefs XIVe siècle, remarquables sont accrochés au mur nord du porche :

Une Vierge allaitant sous un arc trilobé, le haut de la tête et les pans de la robe sont partiellement bûché

Une Crucifixion avec la Vierge et saint Jean au pied de la Croix. Le corps du Christ est fortement arqué.

Montel-de-Gelat, église, bas-relief Crucifixion

Les deux chapelles formant transept

 

Le mouvement de construction des chapelles privées au XVe siècle est assuré par des familles seigneuriales. Celle du sud du début du XVe siècle dispose d’une porte spéciale même si la chapelle est largement ouverte sur la nef. Cette commande laïque s’inscrit dans le mouvement de la devotio moderna, le fidèle s’organise une religion personnelle et a besoin d’un lieu pour la pratiquer avec, le plus souvent, une finalité funéraire. Ici, la famille Motier de La Fayette (héritière des Aubert) est commanditaire de la chapelle et de son mobilier.

 

Dans la chapelle, une Vierge de pitié (Piéta) du début du XVIe siècle, en bois polychromé est installée sur un amas de rochers (le Golgotha) d’où ressort le crâne d’Adam, selon la Tradition. Le buste de Jésus est tenu verticalement, Marie lui caresse la tête comme à un enfant. Elle ne porte pas de guimpe mais un voile s’enroule élégamment autour de son cou. Les vêtements sont ornés de perles et de pierreries. Les chaussures de la Vierge sont en « pattes d’ours » caractéristiques de l’époque. Elle porte sa main sur sa poitrine, exprimant pudiquement sa douleur, sans pathétique exagéré.

Montel-de-Gelat, église,Pieta
Montel-de-Gelat, église, Pieta, détail
Montel-de-Gelat, église, Pieta, détail

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La Mise au Tombeau ou Sépulcre est un groupe sculpté, produit d’un butin récupéré en 1560, à l’église du Saint-Sépulcre de Nevers, par Jean de La Fayette au début des Guerres de religion. Deux sculptures en ronde-bosse l’accompagnaient : un Christ à la colonne et un Ecce Homo, disparues et remplacées par deux anges adorateurs au XIXe siècle.

Michel GANNE

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Montel-de-Gelat, église, mise au tombeau
Montel-de-Gelat, église, mise au tombeau
Montel-de-Gelat, église, mise au tombeau
Montel-de-Gelat, église, mise au tombeau

À l’extrémité est du mur gouttereau sud, les seigneurs du lieu, la famille Motier de La Fayette, se font construire au XVe siècle une chapelle funéraire privée, munie d’une porte indépendante, surmontée d’un linteau doté d’un arc en accolade et blason plein. Une large ouverture sur la nef, pratiquée dans la dernière travée de la nef, permet de suivre les messes paroissiales, tandis que des messes pour les défunts de la famille sont dites à l’autel de la chapelle, qui s’enrichit d’un mobilier en rapport avec son usage comme le montre la présence d’une Vierge de pitié en bois polychrome du XVIe siècle.

Ce groupe sculpté de huit personnages, en calcaire polychromé, du début du xvie siècle (1520), figure l’ensevelissement de Jésus, le soir du Vendredi saint. Il témoigne du culte de la Passion et de la prière individuelle où chacun prend en charge son salut, tels qu’ils sont pratiqués au xve siècle en Occident.

 

Selon la tradition locale (à l’encontre de l’hypothèse d’une provenance de la Chartreuse de Port-Sainte-Marie), relevée par l’abbé Brégiroux, curé du Montel de 1876 à 1903 (cité par Jacques Baudouin dans La sculpture flamboyante en Auvergne Bourbonnais Forez, Nonette, éd. Créer, 1998), la Mise au Tombeau est un butin des Guerres de religion, soustrait en 1560 par Jean Motier de La Fayette à l’église du Saint-Sépulcre de Nevers, transporté au Montel, ainsi que deux statues en ronde-bosse : un Christ à la colonne et un autre à la couronne d’épines, qui furent installées sur les deux consoles aux armes des La Fayette de part et d’autre de l’autel, statues aujourd’hui disparues et « remplacées » par des anges agenouillés.

 

Le linceul blanc où repose le gisant du Christ, le visage aux longs cheveux, très expressif, placé à gauche, est porté, à gauche, par Joseph d’Arimathie, riche notable juif, membre du Sanhédrin (Conseil du Temple), qui a demandé à Pilate de recueillir le corps de Jésus pour l’ensevelir dans son tombeau (ici un sarcophage en granite local), avant le début du sabbat, et, à droite, par Nicodème, autre notable, disciple en secret de Jésus également.

 

Au centre, la Vierge éplorée, dont la tête est couverte d’un long voile débordant sur le visage, est soutenue par le jeune Jean l’Évangéliste, imberbe, à l’épaisse chevelure, le regard perdu, qui pose sa main sur son épaule, et par la jeune Marie-Madeleine, à l’attitude élégante et marquée d’une légère afféterie présente également dans le costume.

 

De part et d’autre, deux Saintes Femmes, les demi-sœurs de la Vierge (selon les apocryphes), portent des Arma Christi ou instruments de la Passion, la couronne d’épines pour Marie-Salomé, à gauche, et les clous pour Marie Jacobé, à droite, nommée aussi Marie Cléophas.

 

Quatre femmes et quatre hommes donc, qui représentent les âges de la vie et des conditions sociales différentes, permettant à chacun de se reconnaître dans une dévotion où la mort n’est que transitoire et de partager la foi en la Résurrection du Christ, le matin de Pâques. Pour les vivants et pour les défunts de la famille Motier de La Fayette, inhumés dans la chapelle, c’est l’espérance en leur propre résurrection, à la « Fin des Temps », lors de la seconde venue de Jésus. Être inhumé au pied du Sépulcre est un gage de Rédemption lors du Jugement Dernier.

 

Ce Sépulcre, mot utilisé au Moyen Âge pour un tel monument, est, par sa composition et l’attitude des personnages, très proche de celui de Semur-en-Auxois, œuvre d’Antoine Le Moiturier, daté de 1490 ; mais, ici, les plis mouillés et circulaires des étoffes, l’écharpe verdâtre nouée de la Vierge, certaines coiffes de femmes à la mode du temps de François Ier et de sa mère Louise de Savoie, et les manches à crevés sont à rapprocher de la Renaissance et de l’Italie. Toutefois, les visages lisses, « les yeux en croissant, le nez pincé, la bouche étroite, le regard dirigé vers le ciel », les douleurs intériorisées, l’absence de pathétique relèvent encore de la tradition gothique. Le sculpteur et le commanditaire (à Nevers) restent anonymes.

 

 

Michel Ganne

Montel-de-Gelat, église, mise au tombeau