Le Vendredi Saint : la mort du Christ

“On l’a enterré avec les mécréants, son tombeau est celui des enrichis” Isaïe, 53, 9

Impossible de parler de la Passion du Christ à la Cathédrale de Clermont sans évoquer d’abord les reliques que les chanoines y vénéraient : celles contenues dans la Vierge d’Alleaume :

La CANONE, f°32, r°, AD 63, 3G sup 15, cathédrale de ClermontLa CANONE, f°32, r°, AD 63, 3G sup 15

« un fragment du suaire qui a été devant ses yeux avec de son sang, (…), de la tunique,(…),  du saint suaire, un fragment d’épine de la couronne, une partie de l’éponge, du sépulcre du Seigneur, … », reliques déposées par l’évêque Etienne dans l’Image de la Mère de Dieu, et dans l’Image de son Fils

, et celles données par le roi saint Louis à Guy de La Tour, en 1269 :

 

Charte de saint Louis, AD 63, 3G sup 38, cathédrale de ClermontCharte de saint Louis, AD 63, 3G sup 38

« Dans une croix d’or ornée de pierres précieuses, un morceau de la Croix, du saint Suaire, de la couronne d’épines, du linge qui ceignait les reins du Christ lors de la Cène… »

 

Ces reliques sont restées dans la cathédrale jusqu’à la Révolution française, et leur possession a valu au chapitre d’arborer une croix de procession à double traverse. La dévotion à la croix, à la couronne d’épines, au Sépulcre, n’a pas faibli pendant l’ancien Régime ; lors du sacre de Jacques d’Amboise, en 1505, on mentionne deux chapelles du Saint-Sépulcre, une haute  (sans doute la chapelle Saint-Arthème), et une basse (?).

Pieta du XVe, cathédrale de Clermont

Pieta du XVe, cathédrale de Clermont

Une « Pieta », située dans la chapelle Sainte-Agathe, évoque la douleur de la Vierge après la mort de son fils. Ce motif a été introduit au milieu du XIVe, en lien avec la « Devotio moderna », une dévotion plus intime et centrée sur la Passion du Christ, insistant sur la souffrance rédemptrice.

 Laisse s’égoutter sur moi Tes plaies saintes ; applique sur ma pauvre âme le baume salutaire de Ton précieux Sang, et je serai guéri. Bien-Aimé Jésus, cache-moi dans Tes blessures, dans Ton aimable Cœur ! Me voici, je m’offre tout entier à Toi, mon âme, mon cœur, mes sens, mon intelligence et ma volonté, tout ce que j’ai, tout ce que je suis. 

Jean Tauler

 

M. Baudoin, ancien président des Amis de la Cathédrale, a étudié cette Pieta. C’est une très belle statue de bois peint, se rattachant à l’école flamande, datée de 1477. Marie porte un voile-manteau bleu étoilé, une robe rouge, ceinturée, aux manches longues, une guimpe dorée drapée et une mentonnière qui enserrent son visage éploré et durcissent ses traits. Elle soutient la tête du Christ de sa main droite, et sa main gauche est posée sur la poitrine, près de la blessure au côté. Le Christ est allongé sur les genoux de sa mère, les pieds au sol, dans une posture quasi semi-assise, son corps étant disproportionné. Il porte un périzonium avec des traces de dorure noué autour de son bassin. Son corps décharné, marqué par les supplices et placé au premier plan de la scène, forme un arc de cercle. Surmontée d’une couronne d’épines, sa tête s’abandonne, la bouche ouverte. Sur le flanc droit de sa poitrine, une plaie laisse s’écouler du sang.

Virgo vírginum præclára,
mihi iam non sis amára,
fac me tecum plángere.

Fac ut portem Christi mortem,
passiónis fac me sortem,
et plagas recólere

Fac me plagis vulnerári,
cruce hac inebriári,
Et cruóre Filii.

Vierge des vierges, toute pure,
Ne sois pas envers moi trop dure,
Fais que je souffre avec toi.

Du Christ fais-moi porter la mort,
Revivre le douloureux sort
Et les plaies, au fond de moi.

Fais que ses propres plaies me blessent,
Que la croix me donne l’ivresse
Du sang versé par ton Fils.

Stabat Mater dolorosa

Médaillon gothique, cathédrale de Clermont, Mise au tombeau

La deuxième œuvre que nous vous présentons est un médaillon gothique. Nous avons pour le Jeudi saint évoqué la verrière typologique de la Passion, qui se trouve dans la chapelle Sainte-Anne. Ici, nous vous montrerons la mise au tombeau.

Le médaillon est très abîmé ; quatre personnages entourent le corps du Christ, la Vierge et saint Jean, et deux personnages barbus, sans doute Nicodème et Joseph d’Arimathie. La Vierge se penche sur son fils, saint Jean incline sa tête dans un geste de déploration, tandis que Nicodème et Joseph d’Arimathie introduisent le corps du Christ dans son tombeau. Et c’est cette figuration du tombeau que nous voulons commenter.

Ce bâtiment est très caractéristique. Une rotonde surmontée par un cône tronqué permet d’identifier sans hésiter l’église du Saint-Sépulcre, édifiée à Jérusalem par les croisés sur l’emplacement du tombeau du Christ. Cette représentation se répand en occident après les croisades, manifestant, peut-être après un pèlerinage en terre sainte, une dévotion spéciale à la relique de la Résurrection. En figurant le Saint-Sépulcre dans les vitraux, les chanoines introduisaient dans la liturgie pascale, réactualisation de la vie du Christ,  un témoin particulier de son Incarnation : une preuve concrète de la réalité de la Mort, et de la Résurrection.