Ennezat, église Saint-Victor et Sainte-Couronne

Ennezat, église, vue générale
Ennezat, église, vue générale

Le chapitre a été fondé vers 1070 par Guillaume, comte de Poitou, la cure était au patronage du chapitre.

Ennezat comprend deux parties distinctes :

  • un château avec une enceinte de 200m de long sur 150 m de large, renfermant l’église, et une motte de grande dimension au sud de l’église. Ce pourrait être une résidence comtale du Xe siècle.
  • une ville neuve, dont la mention la plus ancienne remonte à 1287. Plan en damier, comme Riom et Montferrand

La cour carolingienne a été transformée entre le Xe et le XIIIe en château à motte, dans la cour duquel s’élévait une église collégiale et dans le voisinage duquel fut fondée sans doute au XIIIe une ville neuve. (Gabriel Fournier, Le peuplement rural en basse Auvergne durant le Haut Moyen Age, p 497 sq)

 

 

Un des monuments auvergnats les plus intéressants : elle unit une nef, un transept et son clocher d’époque romane, un tronçon de nef, un chevet gothique fin XIIIe.

Partie romane : en arkose ocrée, datant de la deuxième moitié du XIe, nef à deux étages avec tribunes au-dessus des bas-côtés, voûte en berceau sans doubleau dans la grande nef. Épaulement de la voûte centrale par les demi-berceaux des tribunes. Piliers sur plan carré, flanqués de trois colonnes engagées. L’éclairage est assuré par les fenêtres des bas-côtés. Porche très remanié au XIIe et au XIXe.

Carré du transept avec coupoles sur trompes, arcs-diaphragmes ajourés de baies (clocher restauré en 1870)

L= 3,5m en moyenne

Partie gothique : en pierre de Volvic, vaste chœur avec déambulatoire à cinq chapelles rayonnantes pentagonales. Trois travées de nef, avec collatéraux, séparés par des piliers à douze colonnettes. Deux étages. La nef gothique est plus large que la nef romane, et désaxée, An nord se trouve la sacristie à deux travées voûtées d’ogives.(Splendide porte en boiseries du XVIIe sculptée par Meunier, qui a travaillé aussi à Saint-Amable)

Dans la partie gothique se trouvent deux fresques du XVe siècle, de tout premier intérêt. L’une, datée de 1405, évoque le jugement dernier. L’autre de 1420 reprend le motif des Trois morts et des trois vifs.

  • Le jugement dernier : le Christ est au centre, marqué des plaies de sa Passion. Il a sa mère à sa droite, et il est entouré de ses apôtres. A ses pieds, les tombes s’ouvrent pour la Résurrection des corps, et le jugement final, annoncé par la trompette des anges.

A sa droite, les anges emportent les élus dans la Jérusalem céleste, tandis qu’à sa gauche des diables entraînent les damnés dans la gueule des Enfers. Saint Michel pourfend un damné de son glaive.

Sous les pieds du Christ se trouve un cadavre en putréfaction, sort qui attend les deux donateurs, homme et femme, qui implorent le Christ.

 

  • Le “dit des trois vifs et des trois morts”, poème de la fin du XIIIe, a de nombreux points communs avec la danse macabre. C’est un rappel  que tous les humains, aussi fortunés soient-ils, sont destinés à mourir, rappel évoqué par un violent contraste entre la beauté des vivants et l’abomination des cadavres putrides. Cependant, il existe une nuance importante dans la philosophie des deux œuvres. Avec les danses macabres, le glas a sonné et tous doivent joindre la danse: il est trop tard pour se repentir. Dans le “dit des trois vifs et des trois morts” , les squelettes incitent les vivants à faire acte de contrition.

La rencontre de trois vifs et des trois morts que nous admirons ici a  été assez lourdement retouchée. Au-dessus, une inscription indique sa date d’exécution et le nom du commanditaire, le chanoine Robert de Bassinhac, qui s’est d’ailleurs fait représenter avec toute sa famille dans le bas de la fresque. Un poème de six quatrains accompagne l’œuvre. Trois cavaliers richement vêtus chassant au faucon dans un paysage idyllique rencontrent leur futur : trois morts, corps décharnés, se tenant par la main; un seul est vêtu d’un linceul. En arrière-plan, sur la gauche, s’élève un château qui contraste avec la cabane qui semble servir d’ossuaire aux morts. Ici, comme dans la majorité des dits français, le calvaire marque la frontière entre le monde des vivants et celui des morts.