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La sculpture des Mises au tombeau est la dernière manifestation de l’art religieux du Moyen Age.
Née du développement du culte de la Passion, elle puise son inspiration dans une vision historique de la vie humaine du Christ grâce à la connaissance des Lieux Saints. Après les Croisades au XIème siècle, des pèlerinages en Terre Sainte vont concrétiser les récits évangéliques de la Passion. Ils feront prendre conscience des souffrances, physiques et morales, endurées sur terre par le Christ et vont créer un profond attachement au culte de la Passion.
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La fin du XIVème siècle connaît une période de grandes calamités : disettes, famines, épidémies, variole, lèpre, peste, guerres féodales et l’interminable Guerre de Cent Ans. L’Eglise elle-même minée par les hérésies voit son autorité s’affaiblir. A cette époque l’image de la Mort domine et pénètre même la représentation religieuse chrétienne : Danse macabre, Dit des trois morts et des trois vifs.
L’attrait de la mort exerce une fascination morbide et conduit à des débordements : pratiques de flagellation, extases mystiques et pour ceux qui ont perdu la foi, retour à la sorcellerie, à la magie et à Satan. Le clergé va alors tenter d’éviter que la mort ne devienne un thème négatif et va associer la fin de l’existence humaine à la Résurrection éternelle. Si le thème de la Mise au tombeau a été choisi, c’est parce qu’il montre que les souffrances endurées par le Christ lors de sa vie humaine constituent un épisode vers la Résurrection, source de réconfort et de joie pour les croyants qui reçoivent l’aide de Dieu dans ce monde et la gloire éternelle dans le monde qui les accueillera après leur mort. Le dogme de la Résurrection dominera l’enseignement de l’Eglise.
Le culte de la Passion s’exprimera, comme toujours au Moyen-Age, sous une forme imagée et instructive. Dès le début du XVe siècle, et pendant près d’un siècle et demi, des Mises au tombeau vont apparaître dans toute l’Europe occidentale : France, Allemagne, Belgique, Espagne, Portugal, Italie, Suisse… Cette représentation de l’ensevelissement du Christ se retrouvera aussi bien dans de simples églises de village que dans des cathédrales ou de grandes abbatiales, dans des chapelles de cimetière ou des oratoires de château. Cette diffusion traduit l’ampleur du culte de la Passion dans tous les milieux à la fin du Moyen-Age. Le XVe siècle voit aussi la multiplication des Piétas, des « Christ au liens », des figurations de la Passion, des chapelles du Saint-Sépulcre…
La Mise au tombeau va s’exprimer par un ensemble monumental sculpté qui répond à un sentiment profondément populaire et s’adresse indistinctement à tous les fidèles. Elle doit être lisible par tous et, au rôle d’enseignement, doit s’ajouter l’émotion et la prière. Les sculpteurs vont adopter la même disposition rigoureuse, des personnages verticaux autour du plan horizontal du Christ gisant. Ce schéma de composition se retrouve dans tous les monuments mais n’exclut pas les modifications de style, les variations d’expression propres à chaque artiste et à chaque spécificité régionale. La composition stylistique doit être conforme aux Ecritures. Cinq personnages sont décrits dans les Evangiles, la Vierge Marie et saint Jean n’y figurent pas mais la présence de Marie soutenue par saint Jean apportera son centre de gravité, son originalité à la composition et surtout son élément émotionnel.
C’est donc un groupe de huit personnages, en général, qui va constituer la composition fondamentale et toujours présente des Mises au tombeau.
A l’avant est exposé le corps du Christ, aux extrémités Joseph d’Arimathie et Nicodème, et en arrière-plan la Vierge, saint Jean, deux Saintes Femmes et Marie-Madeleine. On remarque la lisibilité et l’équilibre de cette répartition, quatre figures féminines et quatre figures masculines réparties entre les trois âges de la vie, depuis les plus âgés Nicodème et Joseph d’Arimathie, aux jeunes Marie-Madeleine et saint Jean. A ce groupe se joindront parfois d’autres personnages, comme sainte Véronique, des anges et des soldats gardiens.
Comme dans toutes les représentations du Moyen-Age rien n’est laissé au hasard. Chaque figure recevra dès l’origine une place, un rôle et une attitude spécifique excluant toute ambiguïté.
La douleur écrasante de Marie s’identifie à la douleur de toute mère séparée d’un fils par la mort, saint Jean incarne le fils spirituel qui va combler en partie le vide. Marie Madeleine est l’adolescente égarée touchée par la grâce, les Saintes Femmes, Marie Salomé et Marie-Cléophas, sont la représentation d’une Foi populaire sincère et naïve. Nicodème est l’intellectuel touché par le doute et Joseph d’Arimathie le riche responsable politique saisi de scrupules.
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La Vierge occupe un emplacement privilégié, elle représente à la fois la douleur de la séparation sur terre mais aussi la vision apaisante des retrouvailles au ciel dans une attitude de dignité, la noblesse d’une souffrance acceptée avec résignation.
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Comme pour l’ensemble de la sculpture des églises, la coloration est de règle pour la statuaire des Mises au tombeau. La gamme de cette polychromie reste limitée à cinq colorations fondamentales, blanc, bleu foncé, bleu clair, rouge foncé, rouge clair, un peu de jaune et de vert foncé et parfois du violet.

La multiplicité des demandes exigera de faire appel à de nombreux ateliers de sculpteurs : c’est obligatoirement un travail d’équipe. Le recrutement de cette main-d’œuvre sera fonction de deux facteurs : l’existence d’une tradition locale et la présence d’une matière première suffisamment dure mais facile à travailler. Ce pourra être le bois dans les régions montagneuses ou le calcaire dans les bassins sédimentaires.
On trouvera trois types d’ateliers : le simple imagier local, le groupement d’artisans locaux autour d’un maître ’œuvre et l’atelier d’un sculpteur réputé entouré par une équipe d’élèves.
L’analyse de la présentation formelle des personnages montre, dans la plupart des cas, un souci de naturel et réalisme qui incitera leurs auteurs à chercher leurs modèles près d’eux. La valeur de la sculpture est liée à sa sensibilité d’expression populaire qui fait jaillir l’émotions et le recueillement. Des sculptures de qualité secondaires côtoient des œuvres majeures mais le travail d’un modeste artisan local peut entraîner avec autant de force l’adhésion religieuse des fidèles que la réalisation plus raffinée et plus abstraite d’un grand maître.
Cependant au fil du temps, la multiplicité de ces monuments va conduire à la banalisation du thème : c’est un temps où l’Eglise catholique connait une grande période de crise, un affaiblissement de son rôle politique, un appauvrissement de ses moyens matériels, alors que l’on se trouve face à un changement de goût qui atteindra toutes les couches de la société.
C’est la fin du Moyen-Age et le début de la Renaissance. L’Italie du Quattrocento amènera un renouvellement des créations artistiques. Les petits ateliers qui regroupaient dans l’anonymat des compagnons unis par une tâche commune vont disparaître peu à peu et désormais, c’est davantage la personnalité de l’artiste qui va compter.
Les influences dans le diocèse sont multiples : bourguignonne pour Billom et Montel-de-Gelat, germanique pour celle, disparu, des cordeliers de Clermont, ou locale pour Courpière.
Il est impossible de dresser une liste même approximative de toutes les Mises au tombeau érigées au XVème siècle. Beaucoup ont disparu : calamités naturelles, fragilité de la matière, guerres de religion, Révolution. Dans les œuvres qui sont parvenues jusqu’à nous, on remarque que l’unité du thème et l’iconographie définie ont laissé la place à une grande diversité liée à la région d’origine et au caractère des sculpteurs. Toutes portent en elles un témoignage qui suscite encore aujourd’hui émotion et admiration.
Cette dévotion disparaît après le XVIIe, la sculpture baroque en montre encore quelques spécimens. C’est au XIXe que réapparaitront quelques Mises au tombeau, montrant plus un souci archéologique qu’une piété sincère.
Peu de Mises au tombeau subsistent encore dans le diocèse ; trois seulement sont en place : Billom, Courpière, Montel-de Gelat. Un sépulcre moderne, créé à l’imitation de celui de la chapelle du château de Biron, remplace celui qui se trouvait à Maringues. Enfin, quelques statues très mutilées rappellent les monuments disparus : au musée de Clermont, un soldat endormi provient des cordeliers de Clermont, tandis que dans les tours de la Cathédrale des restes de statues en terre cuite de Marie-Madeleine évoquent la chapelle du Saint-Sépulcre, placée au XVIe dans le déambulatoire.
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Il semble probable que la Mise au tombeau de Maringues soit une commande passée aux frères Virebent de Toulouse… mais aucun document ne l’atteste…
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Une famille d’architectes et de céramistes de Toulouse, les Virebent, imaginèrent en 1831 un procédé pour reproduire des statues. Les reproductions furent commercialisées pendant vingt-cinq années. Le goût et l’aptitude des Virebent à imaginer des compositions d’ensembles monumentaux se manifestèrent par la diversité des productions : Mise au tombeau, les Vertus ou l’angelot de Biron, des Saints Sépulcres, principalement à Castelfranc (Montredon-Labessonnié, Tarn), à Foix, à Lansargues (Hérault) (fig. 5) et à Verdelais, clôture de chœur de Condom, décoration du petit cloître des Augustins et de la chaire à prêcher de la cathédrale de Toulouse…
La Mise au tombeau de Biron eut différentes variantes : Foix, Lansargues, Verdelais, le musée des Augustins de Toulouse, et Maringues…
Texte rédigé par Marie-Rose Fournier et Evelyne Hours
Bibliographie : La statuaire de la Mise au tombeau du Christ des XVème et XVIème siècles en Europe occidentale. Michel Martin.