À l’extrémité est du mur gouttereau sud, les seigneurs du lieu, la famille Motier de La Fayette, se font construire au XVe siècle une chapelle funéraire privée, munie d’une porte indépendante, surmontée d’un linteau doté d’un arc en accolade et blason plein. Une large ouverture sur la nef, pratiquée dans la dernière travée de la nef, permet de suivre les messes paroissiales, tandis que des messes pour les défunts de la famille sont dites à l’autel de la chapelle, qui s’enrichit d’un mobilier en rapport avec son usage comme le montre la présence d’une Vierge de pitié en bois polychrome du XVIe siècle.
Ce groupe sculpté de huit personnages, en calcaire polychromé, du début du xvie siècle (1520), figure l’ensevelissement de Jésus, le soir du Vendredi saint. Il témoigne du culte de la Passion et de la prière individuelle où chacun prend en charge son salut, tels qu’ils sont pratiqués au xve siècle en Occident.
Selon la tradition locale (à l’encontre de l’hypothèse d’une provenance de la Chartreuse de Port-Sainte-Marie), relevée par l’abbé Brégiroux, curé du Montel de 1876 à 1903 (cité par Jacques Baudouin dans La sculpture flamboyante en Auvergne Bourbonnais Forez, Nonette, éd. Créer, 1998), la Mise au Tombeau est un butin des Guerres de religion, soustrait en 1560 par Jean Motier de La Fayette à l’église du Saint-Sépulcre de Nevers, transporté au Montel, ainsi que deux statues en ronde-bosse : un Christ à la colonne et un autre à la couronne d’épines, qui furent installées sur les deux consoles aux armes des La Fayette de part et d’autre de l’autel, statues aujourd’hui disparues et « remplacées » par des anges agenouillés.
Le linceul blanc où repose le gisant du Christ, le visage aux longs cheveux, très expressif, placé à gauche, est porté, à gauche, par Joseph d’Arimathie, riche notable juif, membre du Sanhédrin (Conseil du Temple), qui a demandé à Pilate de recueillir le corps de Jésus pour l’ensevelir dans son tombeau (ici un sarcophage en granite local), avant le début du sabbat, et, à droite, par Nicodème, autre notable, disciple en secret de Jésus également.
Au centre, la Vierge éplorée, dont la tête est couverte d’un long voile débordant sur le visage, est soutenue par le jeune Jean l’Évangéliste, imberbe, à l’épaisse chevelure, le regard perdu, qui pose sa main sur son épaule, et par la jeune Marie-Madeleine, à l’attitude élégante et marquée d’une légère afféterie présente également dans le costume.
De part et d’autre, deux Saintes Femmes, les demi-sœurs de la Vierge (selon les apocryphes), portent des Arma Christi ou instruments de la Passion, la couronne d’épines pour Marie-Salomé, à gauche, et les clous pour Marie Jacobé, à droite, nommée aussi Marie Cléophas.
Quatre femmes et quatre hommes donc, qui représentent les âges de la vie et des conditions sociales différentes, permettant à chacun de se reconnaître dans une dévotion où la mort n’est que transitoire et de partager la foi en la Résurrection du Christ, le matin de Pâques. Pour les vivants et pour les défunts de la famille Motier de La Fayette, inhumés dans la chapelle, c’est l’espérance en leur propre résurrection, à la « Fin des Temps », lors de la seconde venue de Jésus. Être inhumé au pied du Sépulcre est un gage de Rédemption lors du Jugement Dernier.
Ce Sépulcre, mot utilisé au Moyen Âge pour un tel monument, est, par sa composition et l’attitude des personnages, très proche de celui de Semur-en-Auxois, œuvre d’Antoine Le Moiturier, daté de 1490 ; mais, ici, les plis mouillés et circulaires des étoffes, l’écharpe verdâtre nouée de la Vierge, certaines coiffes de femmes à la mode du temps de François Ier et de sa mère Louise de Savoie, et les manches à crevés sont à rapprocher de la Renaissance et de l’Italie. Toutefois, les visages lisses, « les yeux en croissant, le nez pincé, la bouche étroite, le regard dirigé vers le ciel », les douleurs intériorisées, l’absence de pathétique relèvent encore de la tradition gothique. Le sculpteur et le commanditaire (à Nevers) restent anonymes.
Michel Ganne