Le Grand Orgue

« Allegro Pomposo, d’Aloys Claussmann », interprété par François Clément

 

 Chantez et jouez pour le Seigneur, redites sans fin ses merveilles (Ps 104, 2)

Orgue1

En regardant le Grand Orgue de la cathédrale de Clermont, on ne peut que constater avec admiration qu’il s’intègre parfaitement à l’édifice, et épouse merveilleusement la rosace Ouest. La raison en est simple : son buffet a été conçu et construit en même temps que la travée où il se situe. C’est Viollet-le-Duc qui fit construire les deux dernières travées de la nef, ainsi que les deux flèches de la cathédrale, dans la 2° moitié du XIXe siècle.

 

Il y a eu plusieurs instruments à la cathédrale, probablement à quatre emplacements successifs.

Le premier fut un instrument médiéval dont on ne sait que deux choses : Il était en place en 1517, et on dit alors « au dessus du chœur sont placées les orgues qui sont assurément les plus belles de France » .façadeouest
Il fut remplacé à la fin du XVI° siècle par un nouvel instrument, placé au-dessus du portail Sud, (côté place de la Victoire), parce qu’on pensait alors terminer un jour l’édifice gothique, dont l’entrée ouest était encore flanquée de deux tours romanes ; »
On parle d’une date hypothétique de 1569, et d’un possible facteur : François des Oliviers.

Il faut attendre 1660 pour avoir enfin des documents écrits, et donc quelques certitudes.

Un nommé Barrot ou Baron nettoye et accommode « le positif de la grande orgue » en 1666.
En 1669, Oudard Salomon « s’engage à fait à neuf 12 jeux au clavier de grand orgue, plus deux flûtes de pédale, et à remettre en état la montre de 8 » (JMB). Juste après, en 1673, an autre facteur Noël Grantin apporte trois jeux neufs au grand orgue (sesquialtera, quarte de nazard et flageolet) et deux au pédalier (trompette et clairon) (voir composition 1 en annexe).

En 1702, Jean-Baptiste Rameau est nommé organiste du Grand Orgue de la cathédrale de Clermont.
Cette même année, des travaux sont effectués par Antoine Louvan (on parle pour la 1° fois d’un clavier d’écho). (voir composition 2 en annexe).
Un relevage est effectué en 1734 par Marin Carouge, puis de gros travaux furent réalisés par Jean-François Lépine, avec l’aide d’Antoine Guilain Du Pont entre 1751 et 1754. (voir composition 3 en annexe). Ce dernier entretiendra par la suite l’instrument.

La révolution faillit voir la démolition de la cathédrale. Cette destruction n’eut pas lieu, cependant, en 1794,  » dès le 21 ventôse, on s’attaque aux tours de la cathédrale. Mais l’ardeur même des dévastateurs se retourne contre eux, les privant de l’objet de leurs convoitise, lorsqu’ils mettent le feu à la charpente de la cathédrale, ce qui détache une grosse cloche, dont la chute enfonce trois voutes, empêchant toute communication avec l’orgue. Ainsi l’instrument fut sauvé.  »

Le facteur Prades fait en 1807 une petite liste de travaux.
En 1835, Vérany réalise quelques réparations urgentes (alors que Callinet propose un devis qui ne se réalisera pas). Nous sommes Planalors dans une époque incertaine, devis et réflexions se succèdent.
En 1847, Ducroquet propose un nouvel instrument, qui sera accepté. « Alors le chantier de démolition des tours romanes supplante quelque peu celui de l’orgue, monté dans l’atelier du facteur, et non pas sur place. Il faut même envisager des modifications. Ainsi, pour éviter l’écroulement de la nef gothique, on dressa un mur d’appui, auquel devait normalement être appuyé le nouvel orgue.

L’orgue est alors au sol en fond de nef. (voir composition 4 en annexe). Le buffet ancien, jugé à la fois « d’un mauvais style » et incapable d’accueillir une montre de 16’, est remplacé par un buffet provisoire en sapin. Pour l’ancien buffet qui ne fut pas réemployé, « si les débris du vieux buffet, n’avaient pas tous été « vendus et dispersés » en 1850, ils le furent en 1876, lorsque la maison Merklin, de Lyon, installa dans un meuble neuf posé sur une tribune neuve un orgue qui devait peu à l’instrument de Ducroquet. »

Sur le plan ci-joint, on voit les deux tours romanes ; le mur provisoire se trouvait sans doute devant, avec l’orgue à ses pieds.

 

L’actuel buffet en chêne, de style gothique, est construit ensuite en 1877, en même temps que les deux dernières travées de la nef,
et dessiné par Antoine de Baudot, architecte de la Cathédrale, successeur de Viollet-le-Duc.
Joseph Merklin imprimera sa marque au nouvel instrument, tout en réemployant 26 des jeux de Ducroquet, et porte l’instrument de 38 à 42 jeux.
Il est installé en tribune au fond de la nef, c’est son emplacement actuel. (voir composition 5 en annexe).

En 1912 : Installation d’un ventilateur électrique et relevage par Michel Merklin et Kuhn.
En 1935 : Agrandissement des claviers à 56 notes (par compléments pneumatiques, et sur un sommier séparé au-dessus du positif), pose des basses du Bourdon 16 de positif derrière la façade GO. Le trémolo passe au Positif.
Jeux modifiés (au récit) : la flûte harmonique, Trompette, soprano harmonique 4, basson-hautbois.
Jeux neufs : Piccolo 1 au GO (en place de la flûte 4), au Positif : Bourdon 16, Nasard, Tierce, Larigot, Cromorne (en place de Viole de gambe, Gemshorn, Clarinette et Trompette) et au récit : Bourdon 16, Plein-Jeu IV.  (Le Bourdon 8 de Pédale avait déjà remplacé le Violoncelle avant 1935.)

Cet orgue sera inauguré par Charles Tournemire le 30 Avril 1936.

 

En 1962 : Electrification et modification des jeux par Michel Merklin et Kuhn.
Modifications sur : au GO : Montre 16, doublette, piccolo, fourniture et cymbale ; au Pos : Flûte 4, au récit : Diapason 8 (au lieu de la flûte 8), Principal 4 (en plus)
Cet orgue sera inauguré le 30 Juin 1962. Jean David effectuera plusieurs opérations : en 1979 : relevage de l’instrument, puis en 1999 : pose d’un 2° ventilateur.

Entre 2005 et 2010, c’est une restauration en profondeur de l’orgue qui est programmée.
Elle est effectuée sous la conduite de Roland Galtier, technicien conseil, et réalisée par les entreprises de Pierre Saby (reconstruction de la mécanique : machines Barker
(GO, récit, pédale avec deux machines, et positif sous les soupapes, restauration de la soufflerie et des sommiers) et Olaf Dalsbeck (tuyauterie et harmonie).

Le but de la restauration a été, selon l’arrêté de classement, de retrouver l’orgue de Merklin de 1877.

 

gauche2010 : orgue restauré par Saby-Dalsbeck :

Grand Orgue (56n) : Montre 16, Bourdon 16, Montre 8, Flûte harmonique 8, Bourdon 8, Salicional 8, Flûte octaviante 4, Prestant 4, Quinte-flûte 3,
(puis sur appel) : Fourniture progressive, Grand
Cornet V , Bombarde 16, Trompette 8, Clairon 4.
 Positif (56n) : Principal 8, Bourdon 8, Viole de Gambe 8, Gemshorn 8, Flûte harmonique 4, Doublette,
(puis sur appel) : Plein Jeu, Trompette 8,
Clarinette 8, Clairon 4.
Récit (56n) : Flûte harmonique 8, Bourdon 8, Viole de gambe 8, Voix céleste
droite8, Flûte d’écho 4, Flageolet 2,
(puis sur appel) : Cornet IV, Trompette 8, Basson-Hautbois 8, Voix humaine 8.
Pédale (30n) : Contrebasse 16, Soubasse 16, Octave basse 8, Bourdon 8, Flûte 4, (puis sur appel) : Bombarde 16, Trompette 8, Clairon 4.
Tir I, II, III, Appel GO, 2/1, 3/1 en 8 et en 16, 3/2, Expression à bascule, Forte général, Appel anches GO, Pos, Réc, Péd, Tremolo Réc.

 

A noter que si la pastille du cornet du récit indique IV rangs depuis 1877, c’est une erreur sur la porcelaine, il y a bien 5 rangs. D’autre part, les sommiers étant de Ducroquet, puis certains de Merklin, ils sont de 54 notes, et trop serrés pour accueillir une note supplémentaire. Les deux dernières notes des claviers font entendre (par un petit abrégé) les notes à l’octave inférieure. Enfin, un plafond et un fond neufs ont été construits pour protéger l’instrument de la poussière.

 

 

ANNEXES : compositions successives.

 

  • Composition 1 :1673 :

Positif : Montre 4, Bourdon 8, Doublette 2, Fourniture III, Cymbale IV, Flûte d’allemand, Tierce, Nazard, Flageolet, Cromorne.
Grand Orgue : Montre 8, Bourdon 16, Bourdon 8, Prestant, Doublette, Fourniture IV, Cymbale IV, Grosse tierce, Nazard, Sesquialtera, Quarte de nazard, Flageolet, Trompette, Clairon, Voix humaine.
Pédale : Flûte 8, Flûte 4, Trompette, Clairon.

 

  • Composition 2 : 1702 : Voici l’instrument, tel que l’aura connu et joué Rameau :

Positif : Montre 4, Bourdon 8, Doublette 2, Plein Jeu V, Flûte d’allemand (4 ?), Tierce, Nazard, Larigot, Tierce de rezonnance, Cromorne
Grand Orgue : Montre 8, Bourdon 16, Bourdon 8, Prestant, Doublette, Fourniture IV, Cymbale II + I, Grosse tierce, Nazard, Petite tierce, Quarte de nazard, Cornet, Trompette, Clairon, Voix humaine
Echo : (Bourdon, Flûte, Cornet III, Cromorne, Voix humaine)
Pédale : Flûte 8, Flûte 4, Trompette, Clairon

 

  • Composition 3 : 1754 : Orgue de Lépine :

Positif : Montre 8, Bourdon 8, Prestant 4, Nasard, Doublette, Quarte de nasard, Tierce, Larigot, Plein Jeu VII, Trompette, Clairon, Cromorne, Cornet III
Grand Orgue : Montre 8, Bourdon 16, Bourdon 8, Flûte 8, Prestant 4, Gros nasard, Grosse tierce, Nasard, Quarte, Doublette, Tierce, Fourniture V, Cymbale IV, 1° trompette, 2° trompette, Clairon, Voix humaine, Cornet V
Récit : Cornet V, Trompette
Echo : Cornet V
Pédale : Flûte 8, Flûte 4, Nasard, Quarte, Tierce, Trompette 12, Clairon 6

 

  • Composition 4 : 1848 : Orgue de Ducroquet :

Positif (54n): Bourdon 8, Flûte 8, Salicional 8, Prestant 4, Nasard, Doublette, Plein Jeu, Euphone, Trompette, Clairon.
Grand Orgue (54n): Montre 16, Bourdon 16, Montre 8, Bourdon 8, Flûte 8, Prestant 4, Nasard, Doublette, Fourniture, Cymbale, Euphone 16, Trompette, Clairon, Cornet V
Récit (42n et octave aigüe réelle): Bourdon 8, Flûte 8, Flûte harmonique 8, Cor anglais 8, Hautbois 8, Voix humaine, Trompette, Cornet
Pédale (25n): Flûte 16, Flûte 8, Flûte 4, Bombarde 16, Trompette, Clairon.
Appel anches GO, Tir I, II/I en 8 et 16, Appel GO, III/I, octave aigüe Récit, expression Téc, Tremblant.

 

  • Composition 5 : 1877 : de Merklin :

Grand Orgue (54n) : Montre 16, Bourdon 16, Montre 8, Flûte harmonique 8, Bourdon 8, Salicional 8, Flûte octaviante 4, Prestant 4, Quinte-flûte 3, (puis sur appel) : Fourniture progressive, Grand Cornet , Bombarde, Trompette, Clairon.
Positif (54n) : Principal 8, Bourdon 8, Viole de Gambe 8, Gemshorn 8, Flûte octaviante 4, Doublette, (puis sur appel) : Plein Jeu, Clarinette 8, Trompette, Clairon.
Récit (54n) : Flûte harmonique 8, Bourdon 8, Viole de gambe 8, Voix céleste 8, Flûte d’écho 4, Flageolet 2, (puis sur appel) : Cornet IV, Trompette harmonique 8, Basson-Hautbois 8, Voix humaine 8.
Pédale (25n) : Contrebasse 16, Soubasse 16, Octave basse 8, Violoncelle 8, Flûte 4, (puis sur appel) : Bombarde 16, Trompette 8, Clairon 4.
Tir I, II, III, Appel GO, 2/1, 3/1 en 8 et en 16, 3/2, Forte général, Appel anches GO, Pos, Réc, Péd, expression à accrochage, Tremolo Réc.

 

  • Composition 6 : 1935 : Michel Merklin et Kuhn

Grand Orgue (56n) : Montre 16, Bourdon 16, Montre 8, Flûte harmonique 8, Bourdon 8, Salicional 8, Prestant 4, Quinte-flûte 3, Piccolo 1, (puis sur appel) : Fourniture progressive III à V, Grand Cornet V, Bombarde 16, Trompette 8, Clairon 4.
Positif (56n) : Bourdon 16, Principal 8, Bourdon 8, Flûte octaviante 4, Nasard, Doublette, Tierce, Larigot, (puis sur appel) : Plein Jeu IV, Cromorne 8, Clairon 4.
Récit (56n) : Bourdon 16, Flûte harmonique 8, Bourdon 8, Viole de gambe 8, Voix céleste 8, Flûte d’écho 4, Flageolet 2, (puis sur appel) : Cornet IV, Plein Jeu IV, Trompette 8, Soprano harmonique 4, Basson-Hautbois 8, Voix humaine 8.
Pédale (30n) : Contrebasse 16, Soubasse 16, Octave basse 8, Bourdon 8, Flûte 4, (puis sur appel) : Bombarde 16, Trompette 8, Clairon 4.
Tir I, II, III, Appel GO, 2/1, 3/1 en 8 et en 16, 3/2, Forte général, Appel anches GO, Pos, Réc, Péd, expression à accrochage, Tremolo Pos.

 

  • Composition 7 : 1962 : Michel Merklin et Kuhn

Grand Orgue (56n) : Montre 16, Bourdon 16, Montre 8, Flûte harmonique 8, Bourdon 8, Prestant 4, Doublette 2, Piccolo 1, (puis sur appel) : Fourniture VI, Cymbale IV, Cornet V, Bombarde 16, Trompette 8, Clairon 4.
Positif (56n) : Bourdon 16, Principal 8, Bourdon 8, Flûte 4, Nasard, Doublette, Tierce, Larigot, (puis sur appel) : Plein Jeu IV, Cromorne 8, Clairon 4.
Récit (56n) : Bourdon 16, Diapason 8, Bourdon 8, Viole de gambe 8, Voix céleste 8, Principal 4, Flûte d’écho 4, Flageolet 2, (puis sur appel) : Cornet IV, Fourniture IV, Trompette 8, Soprano harmonique 4, Basson-Hautbois 8, Voix humaine 8.
Pédale (30n) : Contrebasse 16, Soubasse 16, Octave basse 8, Bourdon 8, Flûte 4, (puis sur appel) : Bombarde 16, Trompette 8, Clairon 4.
Tir I, II, III, Appel GO, 2/1, 3/1 en 8 et en 16, 3/2,2/1 en 4, Appel anches Péd, GO, Pos, Réc, expression Réc, Tremolo, Tutti anches.

 

Jeux soulignés : jeux nouveaux (modifiés ou neufs)

SOURCES

Plusieurs auteurs se sont intéressés aux orgues et organistes de la cathédrale de Clermont :

  1. Christiane Marandet (« Notes pour servir à l’histoire des orgues et des organistes en Auvergne », Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, avril-septembre 1971)
  2. Jean-Louis Bergnes (« Jean-François Lépine (1732-1817, ses instruments » thèse de doctorat)
  3. Jean-Marc Baffert (« Orgues et organistes de la cathédrale de Clermont-Ferrand (XVII-XIX° siècles) », Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, octobre-décembre 1989
  4. Michelle et Pierre-Marie Gueritey (Orgues d’Auvergne, Arepama, 1989)
  5. Ainsi que Mme Annie Regond-Bohat (Rameau de A à Z, sous la direction de Philippe Beaussant, Fayard-IMDA, 1983))

     L’essentiel de l’article qui suit est basé sur l’article de JM Baffert (JMB), puis sur l’Inventaire des orgues d’Auvergne. Texte : François Clément,
Photos console : Jean-Yves Martineau

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