Vitraux

 J’avais dit : « Les ténèbres m’écrasent ! » mais la nuit devient lumière autour de moi.(Ps 138, 11)

 

La cathédrale de Clermont possède un ensemble exceptionnel de vitraux, du XIIe au XXe siècle.
Ce panorama permet d’illustrer une véritable histoire du vitrail : vitraux romans, gothiques, romantiques, et contemporains.

Nous ne rentrerons pas ici dans les détails du symbolisme des vitraux. Disons simplement qu’à la cathédrale de Clermont, le contraste entre la pierre noire et l’éclairage des fenêtres prend encore plus de sens : c’est le Christ, la vraie lumière, qui illumine son Église.
Éclairé par le vitrail, sertissage précieux de faux joyaux, le chœur est illuminé de chatoyantes couleurs ; selon Durand de Mende, qui écrit à la fin du XIIIe, « les fenêtres vitrées sont les Écritures de Dieu, qui verse la clarté du vrai soleil, c’est-à-dire de Dieu, dans l’église, c’est-à-dire dans le cœur des fidèles ». Elles illuminent le chœur de l’église, symbole de la Jérusalem céleste, cité aux murs de pierres précieuses.
Les couleurs dominantes des vitraux les plus anciens sont le bleu et le rouge. Mais suivant l’heure du jour, les teintes deviennent violacées, vertes, orangées…

 

Cene

Refait par Gaudin, Original au Trésor

Les verrières ont subi plusieurs restaurations. Au cours du début du XXe siècle, elles ont été complétement démontées, restaurées, et rétablies, par un maître-verrier, Félix Gaudin (voir thèse de Jean-François Luneau). La reconstitution des vitraux du chœur a été expliquée en 1932 par Henri du Ranquet dans son livre « Les vitraux de la Cathédrale de Clermont.
En 2011 est paru le volume de la collection du Corpus Vitrearum  » Les vitraux d’Auvergne et du Limousin », qui présente une étude technique des verrières, et une comparaison avec les photos prises en 1912, avant la restauration de Gaudin. Les auteurs reproduisent toutefois les identifications anciennes des médaillons, sans corriger les erreurs de lecture lors des restaurations.

 

La visite approfondie de ces verrières nécessite plusieurs heures…

Le site anglais http://www.therosewindow.com/pilot/ClermontF/table.htm présente le détail des verrières, expliquées dans leur état actuel après la restauration du XXe.

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On trouve dans la cathédrale de Clermont :

  • des vitraux romans du XIIe siècle dans la chapelle Sainte-Anne.
  • du XIIIe dans toutes les autres chapelles du déambulatoire, et dans les verrières hautes.
  • du XIVe siècle pour la première verrière haute du chœur au nord,
    du XVe siècle pour les 2 premières verrières hautes de la nef au nord.
  • du XIXe dans la nef : don des reliques par saint Louis, mariage de son fils, vie de saint Jean-Baptiste, sainte Zita, etc…
  • et enfin deux verrières du XXe siècle dans les fenêtres ouest.

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Les verrières hautes

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A l’étage supérieur du chœur, des baies « triptyques » présentent les principaux saints de l’Ancien et Nouveau Testaments annonçant l’incarnation du Fils de Dieu ; ils se succèdent, telle une procession entourant la Vierge et son Fils, dans les parties hautes de l’édifice. De grands personnages de 2,30m de haut apparaissent sur un fond de grisaille. Les fenêtres du nord, gravement endommagées lors d’un orage au XIXe siècle, ont été reprises par le verrier Emile Thibaud et Thevenod en 1836.

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Beate

« Beate Marie Assumptio »

Salomon

Salomon.

Dans l’axe de la nef, la Sainte Vierge, dans son Assomption : elle est accueillie par son Fils, et on peut lire : « Beate Marie Assumptio ». De part et d’autre, neuf apôtres :
à gauche saint Pierre, saint Jean, saint Jacques le Majeur, saint Thomas et saint Barthélémy,
à droite saint Paul, saint André, saint Jacques le Mineur et saint Mathieu.

Puis, préfigurant symboliquement les apôtres, les prophètes de l’Ancien Testament, tenant des phylactères :
A gauche, Isaïe et Sophonie, Daniel (refaits par Thibaud), Osée et Jérémie, Job, Aggée et Jonas.
A droite, Isaïe, Joël et Abraham, Abdias, Amos et Moïse, Balaam, David et Salomon, Habacuc, Amos et Michée.

 

 

 

La première verrière du chœur au nord date du XIVe et représente un roi, un évêque, et un prophète.

Les deux premières verrières hautes de la nef au nord, très remaniées, présentent des restes anciens du XVe siècle. Celle de droite, donnée par Jacques de Comborn, (évêque de Clermont de 1445 à 1475), et peut-être réalisée par un maître-verrier nommé Guillaume Goguet, représente la Vierge entourée par saint André et saint Jacques.

 

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 Vitraux du chœur

planchoeurC’est un ensemble particulièrement remarquable. Toutes les chapelles autour du déambulatoire possèdent des verrières médiévales.
Sept chapelles sur neuf ont des vitraux concernant le saint auxquelles elles ont été consacrées au XIIIe, lors de la construction (voir plan de la Canone) : saint Georges, saint Austremoine, sainte Marie-Madeleine, saint Jean-Baptiste, sainte Foy et sainte Marguerite, sainte Agathe. La cathédrale possédait également des reliques de ces saints.

Sur les 407 médaillons des fenêtres basses, 86 auraient été refaits par le verrier Félix Gaudin ( 1851-1930). Il faut toutefois ajouter que plusieurs médaillons ont été partiellement retouchés.
La recomposition des verrières après restauration (effectuée de 1909 à 1923) a sans doute été l’œuvre conjuguée de Gaudin et de l’historien local Du Ranquet : c’était ce dernier qui connaissait les saints locaux, et l’histoire de la cathédrale. Le travail est remarquable, et on a parfois du mal à distinguer originaux du XIIIe, et médaillons du XXe. Nous disposons maintenant de sources complémentaires qui permettent d’établir que l’histoire racontée actuellement par les verrières n’était pas celle d’origine : manuscrits numérisés, exemples d’autres églises (particulièrement Canterbury et Chartres). Nous ne décrirons ici que l’histoire recomposée que vous pouvez lire dans les fenêtres de la cathédrale de Clermont.

Vitraux antérieurs à la construction du XIIIe

Vitraux romans :

Ils se situent dans la fenêtre centrale de  la chapelle Sainte-Anne. Autrefois disséminés, (voir anciennes verrières), ils ont été regroupés lors de la restauration du XXe, qui les a fortement modifiés (parfois même « charcutés » : plusieurs morceaux de médaillons ont été copiés, et les parties originales vendues ; ainsi, les anges surmontant la Nativité se trouvent au Metropolitan Museum de New York.)

Il y a dans cette verrière quinze médaillons romans, tous situés dans la fenêtre centrale : quatorze sont  dans le bas de cette fenêtre, et le dernier, représentant le Christ en buste, est placé dans la tête de la lancette de gauche.

 

Premiers vitraux gothiques

Ils ont été créés début XIIIe,  juste avant la construction de la cathédrale actuelle. Madame Boulanger les date des années 1220-1230. On peut supposer qu’ils se trouvaient dans la cathédrale antérieure, comme semble le prouver l’existence d’un cycle du martyr des saints Vital et Agricol, patrons primitifs de l’église cathédrale..

Nous les retrouvons regroupés dans la verrière de la même chapelle Sainte-Anne, et dans la fenêtre de la chapelle Saint-Arthème. 

Leur restauration a été très abusive, et il est difficile de distinguer quelles peuvent être les parties originales du XIIIe. 

 

 

 

 

 

 

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Vitraux du XIXe

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La dernière chapelle du déambulatoire, dédiée maintenant à Notre-Dame-de-l’Assomption contient une verrière dédiée à la Vierge. Les médaillons, selon M. Luneau, sont de Thévenot, et figurent divers épisodes de la vie de la Vierge : Annonciation, Nativité, etc…

Peu de verrières historiées illuminent la nef et les quatre bas-côtés ; la majorité des chapelles latérales sont éclairées par des panneaux de verres blancs. Dans la première chapelle sud après le transept se trouve un vitrail de 1898, du verrier Lucien Lachaize, retraçant la vie de saint Jean-Baptiste.

Dans la chapelle suivante a été placée en 1887 une verrière de Félix Gaudin, évoquant les évêques de Clermont canonisés, soit trente-deux tableaux. Chacun des médaillons représente une scène principale de la vie du saint évêque auquel il est consacré : saint Austremoine, saint Sidoine Apollinaire, saint Namace, saint Bonnet sont aisément identifiables…

Saint Louis

Mariage de Philippe le Hardi et Isabelle d’Aragon

Le vitrail le plus remarqué de la nef, réalisé par Charles des Granges, a été installé en 1877 : il représente le don des reliques par saint Louis et le mariage de son fils Philippe-le-Hardi. Le mariage a été célébré dans la cathédrale en 1262, le verrier l’a donc représenté avec beaucoup d’imagination, installant au premier plan Philippe le Hardi et Isabelle d’Aragon, et, plus loin, sous un dais, le roi saint Louis et sa femme Marguerite de Provence. Les personnages de la cérémonie du mariage sont des portraits de notables clermontois de l’époque de vitrail, l’évêque étant Mgr Féron.

 

Le don des reliques (reliques de la Passion du Christ et reliques de Marie-Madeleine) par saint Louis, en 1269 est figuré de façon encore plus fantaisiste ; rien ne prouve la présence du Roi à Clermont pour cette occasion. Le verrier a donné à l’évêque les traits de Mgr Grimardias, évêque de Cahors et ancien curé de la Cathédrale.

Le vitrail de sainte Zita fut offert par la confrérie des domestiques de la ville de Clermont et a été installé en 1877. Il a été réalisé par Charles des Granges. Sainte Zita, servante du XIIIe siècle, habitait les environs de la ville de Lucques en Italie. Sur la verrière, on la voit s’interposer entre son maître et des pèlerins originaires de Pise, lors de la guerre entre les Guelfes et les Gibelins. Elle est reçue au ciel par les saintes d’Auvergne, sainte George, sainte Florine et sainte Marcelle.

Le vitrail de la dernière chapelle au nord est aussi une œuvre de Charles des Granges, de 1876. Il représente saint Austremoine baptisant saint Cassius, sénateur dont la maison aurait abrité les premiers chrétiens d’Auvergne avant de laisser la place à la cathédrale.

 

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Les vitraux du XXe dans la Cathédrale de Clermont

 

Les vitraux de l’Apocalypse et de la Genèse ont été commandés par le chanoine Craplet, alors curé de la Cathédrale et spécialiste de l’art roman auvergnat, au verrier Alain Makaraviez, pour la Cathédrale de Clermont. Cet artiste verrier a réalisé de nombreux vitraux dans le Puy de Dôme, à Notre Dame de Vergheat, par exemple, ainsi qu’en Haute-Loire et dans le Cantal. L’essentiel de son travail se situe en Auvergne.

A la cathédrale de Clermont, Makaraviez n’a pas voulu imiter des vitraux anciens ou faire un pastiche d’art roman, mais créer des vitraux contemporains avec des symboles anciens dans le respect des textes bibliques. Il concède cependant s’être souvenu des vitraux d’Aulnay de Saintonge. Il avait aussi l’esprit « encombré d’images et de souvenirs » qui lui ont permis de créer sans avoir recours à des photos ou à des manuels. Son travail de coupe, de montage et de peinture a été effectué en collaboration avec sa femme Edwige Walmé.

Ils ont été installés, pour le vitrail de l’Apocalypse, en 1982 et 1992 pour la Genèse.

Le vitrail de l’Apocalypse

Il reproduit le dernier livre de la Bible.

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Le Christ dans la mandorle, entouré des 24 Vieillards

 

Le Christ dans l’attitude du Christ Pantocrator est au centre de la mandorle, vêtu d’une robe rouge semée de croix. Il tient d’une main le livre des 7 sceaux, de l’autre il fait le geste de la bénédiction et sa main porte les marques de la Passion, la marque du clou dans le poignet et non dans la paume comme le fait l’iconographie traditionnelle. Pour Makaraviez, il ne s’agit que d’une nécessité technique : la barre de fer passait dans la paume. Le fond est animé par un semis d’étoiles. Le Christ est entouré par les symboles des 4 évangélistes : l’ange, le lion, le taureau et l’aigle qui portent des ailes ornées d’yeux. A gauche et à droite du Christ, deux lettres grecques s’inscrivent, l’alpha et l’oméga par lesquelles se désigne « le Seigneur, Maître de Tout » dans les premiers versets de l’Apocalypse.

 

 

Entourant ce premier cercle, 24 vieillards en robe blanche sont répartis en 8 rosaces. Chacun des 8 cercles se prolonge par des rameaux pour que l’ensemble forme un tout, ce qui évite de cloisonner l’espace. Certains portent des lunettes ou fument la pipe, ils sont blancs, noirs ou jaunes, et tous ces détails amusants sont conformes à l’esprit des sculptures médiévales. Les vieillards portent des fioles et non des coupes, ( Makaraviez reprenant ici une tradition de l’Alchimie) qui contiennent le parfum des prières. Leurs couronnes sont percées selon la technique délicate du « chef-d’œuvre » qui consiste à évider le verre. Fermant la mandorle, l’Agneau égorgé et vainqueur.

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Les dévastations sur la Terre

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La « Grande Babylone » et la Jérusalem céleste

 

En dessous, le soleil noir et la lune sanglante qui marquent l’ouverture du 6ème sceau, dominent une scène de tremblement de terre, de feu d’étoiles qui tombent, de villes en flammes et de gens qui se noient. Les 4 cavaliers se tiennent en bas du vitrail, ils ont été difficiles à réaliser car il a fallu faire tenir 16 pattes dans un espace d’ 1m, 30 environ, tout en conservant une clarté au dessin.
De l’autre côté, la grande prostituée, qui porte, contrairement à la tradition, une robe rose et non pourpre ; elle est faite avec une feuille de « rose à l’or », technique qui consiste à mélanger dans la masse vitreuse en fusion un minéral, comme l’or. La grande prostituée étincelante de pierreries et de perles est installée sur la Bête écarlate aux multiples têtes. Au-dessus, apparaît la Jérusalem Céleste dont le rempart composé de pierres précieuses est mesuré par un ange qui tient en main un roseau d’or. La ville resplendissante n’est représentée que d’un côté, sans aucun effet de perspective et la décoration est plane.

 

 

 

La Genèse

La création du monde

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Au commencement….

Genèse3

Adam et Eve

A gauche, il y a trois plans : en bas, on voit deux mains qui écartent les ténèbres et la lumière surgit. Cette scène s’inscrit au milieu de la lettre « Beth » qui est la première lettre de la Genèse : « Bereshit bara Elohim », « au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Makaraviez avait hésité au départ et envisageait de représenter Dieu comme un vieillard, selon la tradition, mais ce dessin ne le satisfaisait pas. De chaque côté la lune et le soleil sont représentés comme des êtres vivants. Leur éclat et leur transparence proviennent de leur réalisation avec du jaune à l’argent. Au-dessus, les poissons foisonnant dans l’eau que la terre entoure, au-dessus encore, les animaux installés sur une île. Makaraviez a pensé à la tapisserie de la Dame à la licorne pour les détails de l’île…
A droite, la création d’Adam et Eve, puis au-dessus, le paradis terrestre : Eve, de dos, cueille un fruit d’or sur l’arbre autour duquel s’enroule le serpent, Adam est de face. En haut, Adam et Eve sont chassés du paradis terrestre, par un chérubin qui tient une épée flamboyante. Leurs jambes sont griffées par les ronces, Eve se retourne, tire la langue, mais elle a pris avec elle un rameau de l’arbre de Vie avant de s’en aller, selon une tradition rapportée par Chrétien de Troyes. Replanté, le rameau deviendra un arbre dont sera fait le bois de la croix. La porte du Paradis terrestre, pareille à une porte blindée, est fermée. Mais la serrure, en forme de croix, laisse entrevoir le salut…

 

Partie supérieure

Au centre une Vierge en majesté, jeune et couronnée, assise sur un trône ; Makaraviez rappelle que le chanoine Craplet ne voulait pas de Vierge noire. Sur ses genoux, le Christ debout, comme ressuscité, n’est pas un bébé, mais un petit homme. La Vierge écrase le serpent sous ses pieds, ce qui renvoie à l’Apocalypse. Le fond bleu, quadrillé de croix, est fait avec du verre antique, c’est-à-dire du verre soufflé à la bouche dont le colorant ne se répand pas de manière homogène, d’où les nuances de bleu clair à bleu foncé. Tout autour de la Vierge, s’inscrivent les paroles « un enfant nous est né, un fils nous est donné ». Planant au-dessus-de la Vierge, au sommet du vitrail, la colombe du Saint Esprit, , avec 3 étoiles en chef-d’œuvre qui rappellent la Trinité. En bas de la rosace, Jessé dort et de lui part un arbre : d’un côté, trois prophètes, de l’autre, trois rois, évoquant l’annonce du Christ, sa Passion et sa Résurrection.

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La Vierge et le Christ, surmontés par l’Esprit saint

Texte « Vitraux contemporains » Mme Martine Oliva

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